États-Unis : le Michigan ouvre son marché des jeux en ligne

L’élection de Joe Biden favorisera-t-elle le développement du poker en ligne aux États-Unis ? Si cette question recueille souvent des réponses exagérément optimistes, force est de constater que la situation apparaît bien plus favorable aujourd’hui qu’elle ne l’était encore il y a un mois ou deux. Une amélioration qui trouve davantage son origine dans la fin d’un feuilleton juridique que dans le passage de relais entre les deux présidents.

Pour comprendre, il faut revenir plus de cinq ans en arrière. À l’époque, la position de l’administration Obama à l’égard du Wire Act est claire : ce texte de loi datant de 1961 s’applique aux paris sportifs mais en aucune façon au poker en ligne. La conséquence ? Les États sont libres de collaborer et de partager leurs liquidités. Ou pour dire les choses autrement, leurs pools de joueurs peuvent s’asseoir aux mêmes tables et disputer les mêmes parties. Exactement comme ce qui se passe aujourd’hui pour la France, l’Espagne et le Portugal.

Mais fin 2018, changement de cap ! Par le biais d’une circulaire, l’administration Trump fait savoir qu’à ses yeux le partage des liquidités entre États est en contradiction avec l’esprit du Wire Act. Ce revirement pose problème pour des États comme le Nevada, le New Jersey et le Delaware qui se sont déjà engagés dans la voie de la collaboration. C’est toutefois un quatrième larron, le New Hampshire, qui va s’opposer à la position de l’État fédéral en déposant un recours en justice.

En juin 2019, cet État de l’extrême nord-est des États-Unis obtient gain de cause en première instance. L’administration Trump ne s’en laisse pas compter et porte l’affaire en appel. Il faut alors attendre un an et demi de plus pour que, le mois dernier, la juridiction d’appel confirme que le Wire Act ne s’applique pas au poker en ligne. La position Obama est donc validée, et comme il s’agit aussi de la position Biden, il y a fort à parier que le feuilleton ne s’étendra pas davantage.

En soi, il ne s’agit pas d’une révolution. Il y a cinq ans, les États étaient déjà libres de partager leurs pools de joueurs mais ceux qui s’emparaient de cette possibilité se comptaient sur les doigts de la main : d’abord parce qu’une large majorité d’États n’ont pas émis le souhait de s’engager dans un processus de régulation des jeux en ligne, et ensuite parce que les rares qui l’ont fait n’ont pas encore tous engagé la démarche de s’associer avec leurs voisins.

Néanmoins, ce retour à la situation pré Trump constitue bien un vrai pas en avant à plus d’un titre :

  • Certains États qui ont déjà autorisé le poker en ligne s’étaient placés dans une position d’attente. C’est en particulier le cas de la Pennsylvanie qui, à court terme, pourrait saisir l’opportunité offerte par la justice.
  • D’autres étaient freinés dans leurs projets de régulation, bien conscients que se lancer dans l’aventure en solo représentait un pari perdu d’avance. Très peu d’États disposent en effet d’un bassin de population suffisant pour espérer constituer un marché viable.

C’est dans ce contexte qu’intervient l’ouverture des premières tables de poker en ligne dans le Michigan. PokerStars a été le premier acteur à se lancer dans la danse grâce à un partenariat avec la communauté outaouais propriétaire de l’Odawa Casino de Petoskey. Un autre tandem a déployé une offre de jeu, mais cette fois limitée aux paris sportifs et aux jeux de casino : il est constitué de Penn Gaming’s Barstool Sportsbook & Casino et du casino Greektown de Detroit. S’agissant du poker, et à très court terme, la prochaine paire en action devrait réunir BetMGM Poker et le MGM Detroit.

Pour certains de ces acteurs, la question du partage des liquidités va inévitablement se poser à moyen terme. On pense tout particulièrement à PokerStars, dont les tables sont désormais accessibles dans le Michigan (10M d’habitants) mais aussi le New Jersey (9M) et la Pennsylvanie (13M). À titre de comparaison, la réunion de ces trois pools garderait un potentiel plus modeste que le marché espagnol. Elle n’en demeurerait pas moins un pas supplémentaire dans la bonne direction. Et comme le gouverneur du Michigan a d’ores et déjà paraphé un projet de loi en ce sens, la perspective d’un plan à trois d’ici la fin de l’année 2021 semble relativement réaliste. À suivre…

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